Premier rendez-vous de l’année dans le calendrier international des foires d’art, la BRAFA s’impose comme un événement incontournable tant pour les galeries internationales que pour les visiteurs et collectionneurs. Créée en 1956, la foire bruxelloise a accueilli cette année pas moins de 133 galeries du monde entier, entre habitués et nouveaux arrivants.

Chaque année, la foire met en avant des invités d’honneur. Cependant, pour l’édition 2020, la BRAFA a opté pour le changement : ce sont cinq segments du Mur de Berlin qui trônaient à l’entrée de la foire, dignes accueillants des visiteurs. Ces pans de l’histoire ont été acquis il y a deux ans par la BRAFA en prévision du trentième anniversaire de la chute de Berlin, célébrée le 9 novembre dernier. Tant de gens ont tenté de s’approprier de simples morceaux du Mur, certains allant même à acheter au prix d’or des pans entiers. Allant dans cette optique de vente, la BRAFA a donc réservé aux visiteurs de la foire les enchères caritatives de ces Murs aux graffitis double-face.

Résultat : EUR 326.000 ! C’est la somme récoltée de la vente caritative des cinq segments, qui va au-delà des espérances des organisateurs de la BRAFA. Cette cagnotte à six chiffres sera intégralement versée à cinq bénéficiaires actifs dans de précieux domaines, ceux de l’intégration des personnes handicapées, de la préservation du patrimoine artistique, et de la recherche contre le cancer : Hart voon Handicap, Musée Art & Histoire, Kom op tegen Kanker, Télévie-FNRS et CAP48.

15’400 m2 d’art à découvrir

La foire se déroulant sur 10 jours à Tour & Taxis, joyau du patrimoine industriel bruxellois, offre à ses visiteurs pas moins de 15’400 m2 de galeries belges et étrangères. Et plus d’une vingtaine de styles artistiques, allant de l’archéologie classique aux autographes, passant par l’art tribal, l’art asiatique, la joaillerie, l’argenterie, le mobilier et objets d’art du Moyen-Âge à aujourd’hui, la peinture ancienne et moderne, le contemporain, la sculpture, la céramique, la porcelaine, les tapis et textiles, les planches de bande dessinées, la photographie, etc. Un large panel permettant à tout un chacun d’y trouver son bonheur.

Coups de cœur

Quand on aime l’art, on flâne sur les stands, on déambule dans les couloirs, on observe, on questionne, on s’émerveille, on s’abandonne. Pour ma part, j’ai passé trois jours dans ces couloirs à la moquette multicolore. Trois jours à voir et revoir les galeries, et surtout les œuvres qui m’ont séduite. Parmi elles figurent :

  • « La Mer » de James David. Huile sur toile 46x76cm, 1982. Galerie Berko.

Le calme et la tempête à la fois. La nature se déchaîne sous nos yeux, sans que l’on ne puisse rien y faire. Nous sommes comme démuni.e, dépourvu.e de pouvoir ou de contrôle, face à cette peinture qui nous offre exactement les mêmes sentiments que l’on ressentirait si nous étions sur cette plage à voir ce spectacle. D’un réalisme sanglant, elle nous emporte et nous envoûte.

  • Utopia” et “Sometime words don’t have endings” de Fred Eerdekens. Opera Gallery.

Fred Eerdekens est un sculpteur qui joue avec les ombres. La lumière et la matière sont son terrain de jeu et il aime les travailler afin de tromper l’œil. L’illusion optique est là, magique. Un simple fil de métal entortillé qui pend du plafond. Mais avec la lumière, ce dernier offre une ombre sur le mur qui révèle un mot, une phrase. Ingénieux.

  • Dreaming of love” de Kees Van Dongen. Huile sur toile 38x55cm, 1931. Bailly Gallery.

Le peintre d’origine hollandaise est un artiste à part, grand amoureux des femmes auxquelles il ne saura jamais résister. Elles sont présentes dans grand nombre de ses œuvres. Sensualité, légèreté et sérénité, autant de caractéristiques qui s’échappent de cette toile.

Dalì X Magritte

Après la BRAFA, nous voilà parti.e.s pour visiter un musée de notre choix dans la ville de Bruxelles. J’ai opté pour le traditionnel et non moins magnifique Musée Royaux des Beaux-Arts où se déroulait une exposition spéciale : Dalì X Magritte.  Pourquoi cette exposition plutôt que celle sur Keith Haring qui se déroulait à BOZAR ? Et bien parce que je connais trop peu Magritte et que j’aime trop peu le travail de Dalì, insaisissable à mes yeux. Et je n’ai pas été déçue. Après un explicatif de trente minutes sur la vie de Dalì, j’entrevois déjà quelques réponses à mes questions quant à son art. Maintenant, il me faut me retrouver face à ses œuvres pour reformuler mes questions en prenant en compte ce que j’ai appris de lui. Son art s’ouvre à moi, sans que je n’en tombe amoureuse pour autant. Je saisis les clin d’œil que Magritte et Dalì s’échangeaient dans leurs œuvres, je commence à apprécier l’abstrait et l’imaginaire qu’il formule avec ses pinceaux, je comprends la question de la sexualité, quelque peu castratrice, dans plusieurs de ses tableaux, comme Guillaume Tell, huile sur toile de 1930 et Le Spectre du Sex-Appeal, huile sur panneau de 1934. Je prends plaisir à voir ses œuvres sous un nouveau jour, un nouvel œil. Voilà qui est réussi, son art m’a atteint.

Quant à Magritte, je découvre son talent avec surprise. Pensant qu’il s’agit d’objets suspendus, simple reproduction de ce que nos yeux voient, je me trompais outrageusement. Il y a là de la recherche, il y a l’introspection, du mystère et de l’enchantement. Et de l’humour, beaucoup d’humour. Je découvre également sa muse, qui n’est autre que sa femme. Elle est dans plusieurs de ses œuvres, tantôt de façon limpide (Georgette, huile sur toile, 1937), tantôt de façon secrète avec des indices cachés. La femme, le corps féminin, la féminité, il aime la peindre. Il aime également l’abstrait, les objets flottants dans les airs, le jeu des perspectives. Une fois encore, moi qui n’était pas sensible au surréalisme, je m’étonne de constater mon émerveillement face à ses œuvres.

Nous le savons, l’art est subjectif. Pour s’émerveiller, rien de tel qu’un aller-retour à Bruxelles en janvier prochain. La BRAFA ouvre ses portes du 24 au 31 janvier 2021.

BRAFA ART FAIR
Foire des Antiquaires de Belgique asbl
Tour&Taxis – Royal Depot
1000 Brussels – Belgique
Du 26 janvier au 2 février 2020
www.brafa.art