Mei Fa Tan, au service de la culture

Pas encore 30 ans et déjà une reconnaissance indéniable en Suisse romande, Mei Fa Tan séduit un public cinématographique amoureux des doubles-sens, des entre-lignes, du non-dit. Elle défie l’ennui en cherchant perpétuellement à évoluer, à dépasser les limites de son art. Réalisatrice prometteuse, elle considère son métier comme celui « d’éternels insatisfaits ». Et pour cause.Il y a de ces personnes qui s’imposent comme ligne de conduite de ne faire et vivre que ce dont ils ont envie, tels des enfants capricieux qui ne comprennent pas pourquoi leur existence devrait être autre chose que joie et allégresse. Mei Fa Tan en fait partie. Nyonnaise de vingt-sept ans, elle a su très rapidement qu’elle n’était pas faite pour suivre les dictats d’une société qui demande à ce que l’on soit ultra performante, riche, employée et mère parfaite, au corps parfait, à la trentaine à peine. Après une maturité artistique réussie brillement au Gymnase de Nyon, la jeune suissesse a effectué une formation en réalisation et production à l’Ecole de Cinéma de Genève. Sa voie était toute préparée dans sa tête. Elle veut vivre de la culture, de son art. Un défi que beaucoup jugeront risqué, d’autres audacieux. Mais pour Mei Fa Tan, il s’agit de choisir pour métier quelque chose qui la stimule, lui évite l’ennui. Elle a beaucoup de mal avec la routine et préfère vivre à son rythme, qui varie entre longues nuits blanches de tournages et journées à rester allonger pendant des heures à penser, imaginer, rêver sur de nouveaux projets.

Réalisatrice et productrice, elle aime le cinéma pour sa force à combiner son, image et texte pour créer des univers infinis où explorer toutes les émotions de l’humain. « La culture a cet impact fort sur notre façon de percevoir le monde, et comme de nombreux artistes, j’aime l’idée d’y contribuer, à ma manière », révèle-t-elle. Chaque nouvelle réalisation est comme un nouvel apprentissage. À chaque fois que l’on peut sentir ce furtif sentiment d’avoir compris quelque chose, d’avoir évolué, on devient plus exigeant, selon elle, et c’est en cela que ce métier est celui des éternels insatisfaits. Il y a toujours mieux à faire.

Ses projets, souvent, commencent par une impulsion personnelle voire égoïste. Le public est la dernière étape du processus, car Mei Fa Tan pense avant tout à la manière d’exprimer les idées, messages et sentiments. Si le public ressent ensuite les émotions qu’elles souhaitaient transmettre, alors le travail peut être considéré comme réussi. Fonctionnant beaucoup à l’instant, la réalisatrice suit ce qui la fait sourire, évoluer ou encore partager. Ce procédé est également appliqué dans sa vie de tous les jours, en dehors de son activité d’indépendante. Que cela soit voyager, partager un repas, programmer une soirée, Mei Fa Tan suit ses instincts, ses envies, et ne cherche qu’à partager avec son entourage tout ce qu’il y a de positif à vivre. Et dans dix ans, elle n’aspire qu’à devenir une meilleure personne, artiste et productrice, apportant à son public des œuvres touchantes et percutantes.

Rencontre avec cette talentueuse artiste.

I.G : Salut Mei Fa, alors dis-nous, depuis combien de temps tu es indépendante ? Et est-ce difficile de vivre avec ce métier d’indépendante ?

M.F.T : J’ai exercé mes premiers mandats payés en 2011 et depuis cette époque, les gens sont souvent très inquiets, à tort, quant à ce statut d’indépendant. Factuellement, oui, les revenus sont irréguliers, on est responsable de chaque aspect de son activité, le métier en soit certes, mais aussi la communication, la production, la comptabilité et la création de son réseau de collaborateurs, de clients et son audience. On ne peut pas se reposer sur les acquis d’une entreprise et ses ressources pour se sécuriser. Mais la vraie question, pour moi, n’est pas là. À quoi servent sécurité, régularité s’il faut en mourir d’ennui ? J’ai beaucoup de difficultés avec la routine, j’aime vivre à mon rythme, parfois à une vitesse folle, à jongler sur plusieurs projets, entre nuits blanches et tournages, et parfois à rester allongées pendant des heures, à penser, imaginer, rêver.

I.G : Qu’est ce qui te plait dans ce métier ? LA chose que tu aimes par-dessus tout ?

M.F.T : Partir d’une idée et mettre tout en œuvre pour lui donner forme dans la réalité. C’est un apprentissage sans fin. À chaque fois qu’on a ce furtif sentiment d’avoir compris quelque chose, d’avoir évolué, on devient plus exigeant, on met la barre encore plus haut. C’est un métier d’éternels insatisfaits. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, ça donne une force et une énergie qui me surprend souvent.

I.G : Comment perçois-tu tes films ?

M.F.T : Difficile d’avoir un regard objectif sur son propre travail. On y connaît chaque anecdote, chaque rouage, le résultat n’est que la somme de toutes ces choses qu’on a mise en place, de chaque décision prise. J’arrive à voir mes films avec recul au bout de plusieurs années, quand c’est suffisamment loin dans mes souvenirs pour avoir cette sensation d’un premier visionnage.

I.G : L’artiste nyonnais Fabe Gryphin vient de remporter le 1er prix de la cinquième édition du Music Video Contest avec « PTTFLR », que tu as réalisé. Que peux-tu nous dire de ce film et ta collaboration avec l’artiste ?

M.F.T : Ce projet fait partie de ceux qui vous challengent du début à la fin, car sa réalisation dépend de bon nombre de paramètres, mais dont on ne doute pas. En proposant cet univers à Fabe, j’espérais vraiment parvenir à lui transmettre ce que je voyais dans ce clip et j’ai été très heureuse de vois que nos sensibilités se retrouvaient sur ce sujet-là. Je suis consciente que tout n’était pas aussi clair et précis dans sa vision que dans la mienne, mais sa confiance m’a réellement boostée à tout mettre en œuvre pour créer le meilleur film possible, avec les cartes que nous avions en main.

I.G : Que penses-tu de la Suisse et son système du travail, en particulier dans le domaine artistique ?

M.F.T : Nous vivons dans un pays extrêmement prospère et cela fait de la culture une préoccupation secondaire. Les villes et cantons tentent en général de soutenir au mieux qu’ils peuvent musiciens, cinéastes, photographes, danseurs et autres auteurs mais le système est profondément enlisé dans une politique qui ne juge que sur le rendement et l’efficacité et pas assez sur des valeurs aussi fondamentales que le bonheur.

I.G : Qu’aimes-tu faire dans la vie, en dehors de ce métier ?

M.F.T : Je fonctionne beaucoup à l’instinct, donc je fais principalement tout ce qui me fait sourire, évoluer, partager. J’aime les gens qui m’entourent, voyager, ne rien prévoir, se laisser porter, être disponible, insouciante et impulsive. Tout à l’opposé de ma façon de travailler.

I.G : Si tu devais choisir 3 mots pour te décrire, lesquels seraient-ce ?

M.F.T : Légère, ambitieuse, perfectionniste

Retrouvez ici le travail de Mei Fa Tan : https://www.meifatan.com/

Retrouvez ici sa dernière réalisation avec l’artiste Fabe Gryphin : https://www.meifatan.com/fabegryphin

By |2018-03-16T15:41:26+02:00mars 16th, 2018|Cinéma|0 Comments

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Journaliste de profession spécialisée en horlogerie, culture et gastronomie, je me consacre ici à faire découvrir les dernières nouveautés horlogères, mes coups de coeur littéraires, les artistes musicaux à ne pas rater ou encore mes découvertes culinaires.

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